Un homme, dans son jardin, promenait,
le nez au vent, le pas décontracté.
Puis, l’accident redouté arriva,
Sur une fourmilière, son pied se posa.
Les fourmis par milliers montèrent
sur la cheville du promeneur solitaire.
Les plus courageuses atteignirent son oreille
pour lui crier des injures sans pareils.
L’homme étonné regarda
sous son pied l’étendu des dégâts.
Déçu par son comportement distrait,
il présenta les excuses qui s’imposaient.
Les fourmis, terriblement en colère,
sans réelle envie, lui pardonnèrent.
Le lendemain, l’homme revint sur ses traces,
revit les fourmis, et tout étaient en place.
Mais à l’approche du géant elles s’inquiétèrent.
N’avait-il pas déjà tout mis par terre ?
Elles formèrent autour de leur nid une muraille,
bien organisées et prêtes pour la bataille.
L’homme, désappointé leur déclara :
"C’était un accident, qui ne se reproduira pas.
Mes excuses d’hier ont été sincères,
je ne détruirais plus votre fourmilière".
Méfiantes mais rassurées se remirent au travail
surveillant l’homme jusqu’à ce qu’il s’en aille.
Le lendemain encore, revenant voir ses amies,
l’homme s’agenouilla tout près des fourmis.
Le sourire aux lèvres, la mine détendue
il espérait des fourmis au moins un salut.
Déçu par leur comportement distant,
il se mit à réfléchir un instant :
"Les fourmis m’ont pardonné avant-hier,
mais au fond n’ont pas oublié leur misère.
Je veux qu’elles comprennent que j’ai aussi de la peine,
et que pour elles, mes volontés sont saines."
Alors, l’homme prit une fourmi à part :
"Mademoiselle, avant mon définitif départ,
Expliquez moi pourquoi vous pardonniez mon erreur
Si aujourd’hui encore, vous avez de la rancoeur ?"
Alors, la fourmi le regarda souriante dans les yeux :
"Pour moi, je vous pardonne, Monsieur,
Aucune rancoeur anime mon esprit,
Je vous compte maintenant parmi mes amis.
Mais c’est en vous adressant à moi et non à nous toutes
que je vous donne mon pardon sans plus aucun doute.
Nous sommes des fourmis, on est bien d’accord,
Mais chacune a son propre esprit et son propre corps."
L’homme alors, de chaque fourmi s’approcha,
et demanda à chacune pardon comme pour la première fois.
Mais les fourmis étant si nombreuses au total
qu’il lui fallut toute sa vie, et cela lui fut fatal.
Certaines erreurs ne finissent jamais d’être payée.
On a beau demander pardon, on n’est jamais excusé.
Dans le but d’oublier nos propres maladresses,
on espère des autres qu’ils pardonnent nos faiblesses.